Sur scène, une femme gît sous une couverture rouge, entourée de témoins horrifiés et d'un photographe

Les Oubliées de Londres

Palais des Glaces

© Morgane Dupré

Tout le monde connaît le nom de Jack l'Éventreur. Presque personne ne connaît celui de ses victimes. Au Palais des Glaces, Alexandra Bialy répare cette injustice avec Les Oubliées de Londres, une comédie à l'anglaise qui fait rire, puis qui fait mal.

L'affiche des Oubliées de Londres : la silhouette de Jack l'Éventreur au-dessus des cinq femmes

Londres, 1888. Dans une ruelle de Whitechapel, une femme est assassinée dans l'anonymat de la nuit. À Scotland Yard, Warren, le chef de la police, hausse les épaules : ce n'est qu'une prostituée. Il faudra quatre autres corps et l'emballement de la presse pour que l'affaire intéresse enfin quelqu'un. Le monde entier retiendra alors un seul nom, celui du tueur. Les autres s'appelaient Mary Ann Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Catherine Eddowes et Mary Jane Kelly. Puisque personne ne les cherche, elles vont mener l'enquête elles-mêmes, avec un objectif simple : trouver le meurtrier avant qu'il ne les trouve.

Alexandra Bialy, qui signe le texte et la mise en scène, a eu l'idée de la pièce après une série consacrée à un tueur en série. Une question l'a frappée : pourquoi ne se souvient-on jamais des victimes ? Sa réponse prend le contre-pied de la culture populaire. Le meurtrier n'est jamais incarné, il reste une ombre sans visage, et la question n'est plus « qui a fait ça ? » mais « qui va survivre ? ». Les cinq femmes, elles, ne sont ni de douces victimes ni des figures à plaindre : ce sont des compagnes de galère débrouillardes, qui rêvent d'un bateau pour Paris. Autour d'elles gravite tout un Londres victorien, de l'inspecteur Abberline, écrasé par son chef bougon, jusqu'à la reine Victoria elle-même.

Six comédiens se partagent ainsi une centaine de personnages, dans un tourbillon permanent. Le décor, minimaliste, tient en quelques caisses en bois, une malle, deux chaises, un petit bureau et deux murs mobiles déplacés à vue, tandis que la lumière colore les silhouettes de vert, de rouge et de jaune. Il n'y a ni couteau ni sang sur scène : la violence passe par le son, les silences et quelques répliques qui résonnent étrangement aujourd'hui, comme « C'est sa parole contre la vôtre ». Car la pièce, inspirée de faits réels, ne cesse de tendre un miroir au présent. Entre le Whitechapel de 1888 et notre époque, suggère-t-elle, ce qui a surtout changé, ce sont les lampadaires.

Une des cinq femmes veille sur une compagne étendue, sous une lumière d'ambre © Morgane Dupré
Les cinq femmes et le chef de la police Warren, en costumes victoriens © Morgane Dupré
Les cinq femmes serrées les unes contre les autres, sous un projecteur bleu © Morgane Dupré
Une scène d'autopsie éclairée à la lanterne © Morgane Dupré
La troupe au complet dans une lumière dorée © Bertrand Exertier
Face-à-face dans le bureau de Scotland Yard © Bertrand Exertier
Une silhouette à la lanterne dans la nuit de Whitechapel © Bertrand Exertier
Trois personnages devant un mur mobile éclairé de rouge © Bertrand Exertier
Une femme seule assise sur une caisse, dans une brume bleue © Bertrand Exertier
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Infos pratiques

  • Comédie satirique
  • De : Alexandra Bialy
  • Avec : Dorothée Moreau, Benjamin Alazraki, Fabienne Tendille, Antoine Bordes, Alexandra Bialy et Léo Grêlé
  • Dates : à partir du 8 septembre 2026, les mardis et mercredis à 19h, les dimanches à 17h
  • Adresse : Palais des Glaces – 37 rue du Faubourg-du-Temple – 75010 Paris
  • Durée : 1h20
  • Tarifs : de 17€ à 69€
  • Site internet : lesoublieesdelondres.com
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