Lee Horn
Le fantôme de Wounded Knee
Certains survivent aux massacres, et ne pensent ensuite plus qu'à une chose : retrouver celui qui les a commis. Dans Lee Horn, Philippe Thirault suit la longue traque d'un homme hanté par Wounded Knee, jusqu'à l'autre bout du monde et bien des années plus tard.
Le 29 décembre 1890, à Wounded Knee, dans le Dakota du Sud, l'armée américaine ouvre le feu sur un campement lakota. Hommes, femmes et enfants tombent par centaines dans la neige. L'événement, souvent considéré comme la fin des guerres indiennes, reste l'une des pages les plus sombres de l'histoire des États-Unis. C'est de ce drame que part le nouveau western de Philippe Thirault, scénariste prolifique à qui l'on doit notamment Mandalay, Miss ou Le Rêve de Jérusalem.
Parmi les victimes de ce jour-là, il y a la famille d'adoption d'un jeune orphelin blanc, élevé par les Sioux. Lui survit, mais il voit les siens assassinés sous ses yeux. Recueilli ensuite par des fermiers afro-américains, il grandit sous un nouveau nom, Lee Horn, avec pour seul héritage ce souvenir qui ne le quitte jamais. Devenu adulte, il s'engage dans l'armée américaine et se retrouve envoyé aux Philippines, où les États-Unis mènent une guerre coloniale d'une rare brutalité. Là-bas, il assiste à de nouvelles exactions, étrangement familières. Et parmi les responsables, il reconnaît un visage : Ben Norton, l'homme qui a massacré sa famille, devenu entre-temps un officier puissant promis à un bel avenir politique.
Dès lors, Lee Horn n'a plus qu'un but. Commence une traque obstinée, qui l'entraîne à travers plusieurs conflits, face à un homme que son rang et ses appuis rendent presque intouchable. Plus qu'un simple récit de vengeance, l'album interroge la mémoire, le traumatisme et la frontière ténue entre justice et obsession. Il tisse aussi un fil entre deux violences d'État, de l'Ouest américain aux rizières philippines, que l'Histoire a longtemps préféré oublier.
Au dessin, Gilles Mezzomo donne corps à cette fresque avec un trait réaliste, qui passe des plaines du Dakota aux îles du Pacifique. Les couleurs de Céline Labriet accompagnent ce voyage à travers les paysages et les époques, pour un western crépusculaire destiné aux lecteurs adultes, qui préfère la gravité aux duels au soleil couchant.
Infos pratiques
- Bande dessinée
- De Philippe Thirault, illustré par Gilles Mezzomo
- Édité par Glénat – 88 pages – 19€
- Site internet : glenat.com